« Elle est perverse narcissique, je sais pas si vous connaissez ce terme… » Les femmes, la perversion narcissique, et les hommes qui en parlent

  • “She’s a narcissist, I don’t know if you’ve heard of it…” Women, narcissism, and the men who discuss it.

Résumés

L’article étudie la manière dont des hommes mobilisent la catégorie « perversion narcissique » afin de se constituer comme victimes de leur conjointe. À partir de dix entretiens réalisés avec des hommes déclarant avoir subi des violences de la part d’une femme perverse narcissique et ayant exercé des violences sur elle, il s’agit d’analyser le rôle de la pathologie dans le processus de « victimisation ». L’article explore les conditions d’accès à la catégorie ainsi que le rôle-clé des professionnel·les du champ « psy » dans ce travail de mise en cause. Il s’attache ensuite à analyser la production de la perverse narcissique, caractérisée par ses manipulations permanentes, en montrant que les hommes étudiés se construisent en victimes déresponsabilisées de leur propre violence, qui est interprétée comme le résultat de ruses de la conjointe. La perversion narcissique est ainsi mobilisée dans une optique d’occultation de la violence masculine.

This article examines how men use the “perversion narcissique” category in order to establish themselves as victims of their partner. Relying on ten interviews conducted with men who declare having been subjected to acts of violence from a female narcissist and having been violent towards her, this work analyzes the role of this pathology in the victimization process. The article explores the ways to gain access to the category, as well as the key role played by the professionals of the “psy” sector in the causalization process. It then analyzes the construction of the female narcissist, characterized by permanent manipulations, by showing that the men included in this study construct themselves as victims not responsible for their own violence, which is interpreted as the result of the partner’s ruses. Narcissism thus becomes used called upon to conceal masculine violence.

Plan

Texte

Les travaux consacrés aux hommes auteurs de violences et aux programmes visant à les prendre en charge constatent que ces hommes peuvent se considérer comme victimes de leur conjointe, dénoncer des violences supposément infligées par cette dernière, et la rendre responsable des violences qu’ils ont exercées (Bigler et Lorenz, 2013 ; Billand et Molinier, 2017 ; Oddone, 2020). En revanche, peu d’études se sont intéressées à la manière dont cette victimisation se produit et à la manière dont ces hommes accusés de violences — voire condamnés pour cela — mettent en sens leur situation et mobilisent des catégories permettant d’intégrer les violences exercées à la condition de victime.

Dans le cadre d’un travail de mémoire, poursuivi en thèse, nous avons enquêté sur deux associations d’aide aux hommes victimes de violences au sein du couple. Ces structures tiennent des permanences téléphoniques, qui proposent un accompagnement individuel et du soutien aux hommes qui les contactent1. Elles s’inscrivent dans l’espace de la cause des hommes (Leport, 2020), étant très proches des associations de pères séparés ou de collectifs masculinistes2. De 2017 à 2021, cinquante-deux entretiens ont été effectués avec des hommes ayant fait appel à ces structures. La majeure partie d’entre eux a usé de violence et s’est trouvée sur le banc des accusés lors de procès intentés par la conjointe, une caractéristique qu’ils partagent là encore avec certains hommes ayant recours aux associations de pères séparés (Fillod-Chabaud, 2014). Ils ont tous pour point commun de se considérer comme victimes de leur conjointe et de souhaiter être reconnus comme tels auprès de leurs proches, collègues, mais aussi auprès des instances judiciaires : ils se trouvent donc engagés dans un processus de victimisation.

Un processus de victimisation désigne la manière dont « un individu se définit et est défini par d’autres comme victime » (Barthe, 2017, p. 10) : il identifie un trouble, une source de souffrance qui lui porte préjudice, et établit des liens aboutissant à la désignation de la personne, groupe, comme cause jugée responsable de ce trouble. Ce processus ne peut s’effectuer sans l’intervention plus ou moins directe de « victimisateurs », c’est-à-dire de personnes ou groupes qui vont transmettre des informations permettant aux individus d’identifier le préjudice subi et la cause de ce préjudice.

Les entretiens réalisés ont eu pour but de comprendre le sens que les enquêtés donnent à leurs actions et d’analyser le rôle des acteur·ices qu’ils sollicitent ainsi que des ressources et catégories qu’ils mobilisent tout au long de leur parcours afin de se définir comme victimes et de définir la conjointe comme auteure. La perversion narcissique a été une question centrale dans dix entretiens. Les enquêtés concernés (Tableau 1) déclaraient avoir identifié leur conjointe comme étant perverse narcissique, un fait qui expliquait selon eux le déroulement de la relation, mais aussi les violences dont ils ont parfois été accusés et pour lesquelles ils ont fait l’objet de procès. Ce sont les dix enquêtés ayant fortement investi la catégorie de perversion narcissique qui sont au cœur de cet article. L’usage de cette catégorie n’a cependant rien d’automatique, car si certains enquêtés l’utilisent, plusieurs autres ont veillé à préciser que leur conjointe n’était pas perverse narcissique mais psychopathe, psychotique ou n’ont simplement pas utilisé de catégorie pathologique. Qui plus est, la perversion narcissique n’est pas une notion reconnue par l’institution judiciaire, et les enquêtés n’en font pas usage pour se défendre lors des procédures. Il semble alors que la mobilisation de cette catégorie se fasse dans d’autres arènes et dans d’autres optiques que celle de la défense au pénal.

En étudiant la manière dont ils se saisissent, investissent et produisent la catégorie de perverse narcissique en vue de blâmer la conjointe (voir Felstiner et al., 1981), il s’agit de montrer que la perversion narcissique permet à ces hommes et aux acteur·ices qui les accompagnent de caractériser certains types de violences — exercées et subies. En outre, elle permet aussi de caractériser un certain type de perpétratrice et du même coup un certain type de victime. On propose donc ici de considérer la perversion narcissique comme un dispositif de victimisation rendu disponible et pertinent auprès des enquêtés, leur permettant de se constituer en victime mais aussi de montrer qu’ils ne sont pas coupables, en ce qu’ils ne sont pas responsables des violences exercées.

Dans un premier temps, nous verrons que la catégorie de perversion narcissique agit comme un identificateur de relation abusive (Joly et Roquebert, 2021) qui permet aux enquêtés de donner du sens à leur situation et d’identifier des violences subies, plus particulièrement des violences verbales et psychologiques. Cette catégorie ne semble pas dépendre du genre, notamment dans l’utilisation que les professionnel·les en font. Pourtant, comme nous le verrons dans un deuxième temps, les enquêtés, lorsqu’ils identifient la conjointe comme perverse narcissique, le font en produisant avant tout une femme déviante. Ses moindres faits et gestes deviennent des preuves de sa pathologie, ce qui nous amènera à analyser la perversion narcissique comme une catégorie totalisante aux usages genrés et la perpétratrice comme une « perpétratrice totale ». Enfin, c’est aux enquêtés comme « victimes totales » que l’on s’intéressera. Ces derniers se constituent en individus impuissants, incapables de résister à leur conjointe, laquelle provoquerait sciemment leur violence physique. La perversion narcissique devient ainsi une manière de déresponsabiliser les enquêtés et de sur-responsabiliser la conjointe à travers une hiérarchisation des violences qui place les violences verbales et psychologiques subies au-dessus des violences physiques exercées. Cela se fait en proposant une analyse de la situation qui ne dépend pas des rapports de genre mais du rapport de pouvoir individuel entre la perverse narcissique et les enquêtés. La violence dont les conjointes sont accusées, en étant une violence perverse, est montrée comme plus grave que les violences exercées par les enquêtés, qui deviennent même une preuve de leur condition de victime.

Tableau 1. Présentation des enquêtés

Prénoms

Âge

Situation professionnelle

Durée de la relation

Situation conjugale et familiale

Situation judiciaire

Nabil

32 ans

Infirmier libéral

3 ans

Divorcé

Visé par une ordonnance de protection

Pierre

45 ans

Ingénieur

8 ans

Divorcé, 2 enfants

Pas de procédure

Maurice

43 ans

Sans emploi

6 ans

Célibataire, 1 enfant

Visé par une ordonnance de protection, condamné (prison avec sursis)

Maxence

56 ans

Maître-ouvrier

6 ans

En instance de divorce, 2 enfants (d’une précédente union)

Condamné (prison avec sursis), conjointe condamnée (prison avec sursis)

Thierry

54 ans

Technicien

23 ans

Marié, 2 enfants (d’une précédente union)

Pas de procédure

Hugo

57 ans

Importateur-exportateur

2 ans

Séparé, 1 enfant (d’une précédente union)

Pas de procédure

Jean

67 ans

Berger

41 ans

Célibataire, 2 enfants

Condamné (prison avec sursis)

Mathieu

43 ans

Banquier

10 ans

Séparé, 3 enfants (dont 2 d’une précédente union de la personne accusée)

Rappel à la loi, ordonnance de protection avec interdiction d’entrer en contact, prison avec sursis.

Louis-Xavier

43 ans

Commerçant

15 ans

Divorcé, 2 enfants

Procédure en cours

Adam

40 ans

Sans emploi

10 ans

Divorcé, 1 enfant

Non condamné, procédure pénale en cours contre la conjointe.

Diagnostiquer la conjointe

Avant de caractériser la conjointe de perverse narcissique et de se considérer comme la victime d’une perverse narcissique, il faut en premier lieu connaître le concept même de perversion narcissique. Or, aucun des hommes interrogés ne connaissaient cette notion avant, ou même pendant, la relation avec la conjointe. C’est après la séparation que la perversion narcissique émerge, comme concept et comme caractéristique de la conjointe. Il convient alors de se demander comment est-ce que la perversion narcissique est repérée par les enquêtés comme un concept pouvant s’appliquer à leur situation.

Mettre au jour la perversion narcissique

La découverte de la perversion narcissique prend place lorsque la relation est dégradée ou durant la période post-séparationnelle, marquée par des conflits judiciaires importants. C’est à ce moment que les enquêtés expliquent ressentir non seulement de la souffrance mais aussi la nécessité de comprendre à la fois d’où provient cette souffrance et ce qui l’a causée. Cela les pousse alors à avoir recours à des acteur·ices perçu·es comme pouvant fournir des réponses et des solutions à cette souffrance.

Ce travail de mise en cause (Barthe, 2017 ; Fainzang, 1996) est effectué à l’aide de professionnel·les du champ « psy » qui jouent un rôle de légitimation particulièrement important dans les processus de victimisation. L’histoire de la condition de victime et de sa progressive reconnaissance est en effet intimement liée aux évolutions du champ « psy ». C’est notamment par la mise au point et la popularisation de la notion de traumatisme que les mouvements de victimes ont pu accéder à des formes de reconnaissance auprès des arènes institutionnelles (Fassin et Rechtman, 2007). Cette dynamique se reflète chez les hommes étudiés. Les enquêtés s’estimant victimes de perverses narcissiques ne sont en effet pas les seuls à se tourner vers la thérapie pour parler de la relation et identifier des violences subies. La majeure partie des cinquante-deux hommes interrogés a consulté des professionnel·les « psys » pendant ou après la relation. La thérapie s’inscrit en revanche dans cette attention que le champ « psy » porte à l’accompagnement des victimes, et c’est parce que les enquêtés la conçoivent comme un lieu privilégié d’examen de soi (Henckes et Majerus, 2022), d’appréhension et de résolution des malheurs qu’ils ont recours à des professionnel·les « psy ».

Pour sept des enquêtés, c’est en effet au contact direct de ces professionnel·les et dans le cadre thérapeutique que le travail de mise en cause se fait et que la perversion narcissique est découverte. Mathieu et Maxence en constituent deux bons exemples. Mathieu (43 ans, banquier) est suivi par un psychiatre depuis près d’une décennie — bien avant la rencontre avec sa conjointe — dans le cadre d’une maladie chronique. Son suivi se tourne progressivement vers ses conflits de couple et, au fur et à mesure que la relation se dégrade, il intensifie le rythme du suivi psychiatrique (« on est passé à un rendez-vous par semaine, puis deux »).

Pour les enquêtés, la thérapie est un mode de traitement des problèmes qui ne se réduit donc pas au traitement de la conjointe, mais est utilisé à divers moments de la vie et dans diverses sphères afin de traiter une pluralité de malheurs. Ils sont également parfois poussés par des dispositifs institutionnels à recourir à la thérapie pour gérer ces malheurs. C’est ce que montre le cas de Maxence (56 ans, maître-ouvrier), qui commence quant à lui une thérapie pendant sa relation, à la suite d’une visite à la médecine du travail, qui le redirige vers un psychiatre. Cela confirme le rôle important joué par le milieu professionnel dans la psychologisation des malheurs, y compris auprès d’hommes de classe populaire tels que Maxence, qui peuvent être plus réticents à consulter des professionnel·les « psys » (Schwartz, 2011).

Pour autant, même lorsque les enquêtés n’ont pas recours à la thérapie, les professionnel·les du champ « psy » sont présent·es. Maurice (43 ans, sans emploi) découvre par exemple « les trente points pour reconnaître le pervers narcissique » en faisant des recherches sur Internet, et s’aperçoit que son ex-conjointe « a les trente. Donc je crois que y’a plus aucun doute possible à ce niveau-là, tout y est ». Ce test, mis au point par la thérapeute Isabelle Nazare-Aga et largement repris et diffusé sur Internet (Joly et Roquebert, 2021), se présente comme un outil standardisé, facilement accessible, permettant de reconnaître les pervers narcissiques. Pour d’autres enquêtés, ce sont des proches qui transmettent des catégories et savoirs appris auprès de thérapeutes, comme la nouvelle conjointe de Thierry qui, après avoir suivi « des formations en psychologie » dans le cadre de son travail, lui apprend que son ex-conjointe est perverse narcissique. Autant de manières de découvrir la perversion narcissique qui témoignent de la diversité de moyens que les professionnel·les de ce champ mettent en place pour rendre disponible à une diversité de publics « la culture de la psychologisation » (Schwartz, 2011, p. 360), et ici plus particulièrement la catégorie de perversion narcissique. Hommes comme femmes ont accès à ces ressources et à ces professionnel·les. La perversion narcissique en tant que catégorie semble alors être mobilisée indépendamment du genre des individus qui en sont victimes.

Violences psychologiques, violences verbales, violences perverses

L’étude du rôle des professionnel·les dans la découverte de la catégorie « perverse narcissique » permet de mieux comprendre les mécanismes par lesquels cette catégorie est adoptée par les enquêtés. D’une part, la catégorie est rendue disponible puisque, comme l’ont montré Marc Joly et Corentin Roquebert (2021), il s’agit d’une catégorie qui est aujourd’hui saisissable par des professionnel·les comme par des profanes. De l’autre, elle peut être employée afin de caractériser des femmes, par les enquêtés mais aussi par les professionnel·les. C’est le cas des thérapeutes des enquêtés. Ils et elles effectuent en effet parfois le travail de mise en cause en posant le diagnostic de « perverse narcissique » à propos de la conjointe de leur patient. Car si les évolutions de la conceptualisation et de l’utilisation de la perversion narcissique en ont fait une notion concernant principalement un homme auteur de violences au sein du couple, la question du genre « demeure assez largement éludé[e] par les professions “psys” » (Joly et Roquebert, 2021, p. 279).

Or, si certain·es professionnel·les « psys » peuvent prendre en compte le genre comme une variable parfois déterminante dans l’identification de troubles mentaux (Feyeux, 2021), ce n’est pas ce que décrivent les enquêtés. En effet, l’activité des professionnel·les est décrite comme étant centrée sur l’identification des causes de la souffrance, ce qui passe par la mise au jour d’actes violents de la part de la conjointe. Cette approche basée sur la description et l’analyse d’actes rapportés semble alors exclure la prise en compte de facteurs structurels tels que le genre, mais elle permet le rapprochement entre la conjointe et la catégorie de perverse narcissique. Ce rapprochement est un élément essentiel du processus de victimisation, puisqu’il permet de réaliser un « ajustement rétrospectif du passé au terme duquel les personnes deviennent victimes d’évènements antérieurs » (Barthe, 2017, p. 72). Le travail thérapeutique se fait donc autour de l’appréhension d’épisodes (1) violents (2) dont la violence correspondrait à celle des personnes perverses narcissiques :

Elle commence à m’insulter, à me sous-estimer. Là, je ne sais pas. J’en ai discuté avec ma psy, elle m’a dit « c’est un caractère de pervers narcissique en fait. En fin de compte, c’est une pervers narcissique ». (Nabil, 32 ans, infirmier libéral)

On retrouve souvent chez les autres enquêtés ce que Nabil dénonce. Hugo parle de disputes permanentes, auxquelles s’ajoutent des violences verbales pendant et en dehors des conflits :

J’avais jamais eu affaire à des pervers manipulateurs, mais tout est objet de disputes […] des violences verbales très agressives et très blessantes. Tout le temps fallait flinguer l’autre, tout le temps. (Hugo, 57 ans, importateur-exportateur)

L’usage des termes de « violences verbales » et « violences psychologiques » par les enquêtés, témoigne des effets de la publicisation des violences conjugales, qui amène à rendre disponibles des catégories de violences que les enquêtés mobilisent comme critères d’identification de la perversion narcissique.

Dans la lignée du travail de conscientisation opéré par les mouvements féministes, qui visait à transmettre des informations permettant à des femmes non-militantes de réaliser leur condition de victime de violence conjugale (Herman, 2016), la publicisation des violences se présente comme la mise en disponibilité de catégories de violences auprès d’un large public. Cela se fait par l’entremise notamment de l’État et des campagnes de lutte contre les violences au sein du couple. Ces catégories peuvent alors être utilisées de diverses manières y compris, on le voit ici, pour caractériser la conjointe de perverse narcissique.

Or, les violences commises par les pervers·es narcissiques sont, dans les représentations profanes et professionnel·les, des violences psychologiques et/ou morales (Joly et Roquebert, 2021). L’enquête VIRAGE (Brown et al., 2021) a quant à elle montré, d’une part, qu’hommes et femmes victimes de violence conjugale dénoncent des atteintes psychologiques3, mais aussi que les faits que les hommes considèrent comme marquants sont le plus souvent de nature psychologique. La perversion narcissique se présente alors comme une catégorie particulièrement adaptée à la désignation de certain·es auteur·es de violence et correspondant au vécu d’une partie des personnes dénonçant des violences au sein du couple, dont les enquêtés font partie. À l’image de Nabil et Hugo, les hommes étudiés considérant être victimes d’une perverse narcissique sont ceux qui déclarent avant tout des atteintes psychologiques et verbales. Ces dernières indiquent donc, pour eux, que la conjointe est perverse narcissique. Plus que cela, la présence d’autres violences semble même constituer un frein à l’utilisation de la catégorie. La présence de violences spécifiques est un aspect central de la désignation et montre que la mobilisation de la catégorie est le résultat d’un travail d’enquête. En témoigne le cas de Jules, qui ne se considère pas comme victime d’une perverse narcissique mais d’une psychopathe :

À mon sens, la mère de mes enfants est psychopathe. […] Mais la perversion narcissique ça me parle, parce qu’à mon avis ma mère est perverse narcissique. […] Mais à mon avis, [son ex-conjointe] est psychopathe, elle m’a attaqué trois fois avec un couteau. (Jules, 43 ans, journaliste)

Jules n’est pas réfractaire à l’usage de la catégorie de perversion narcissique – il considère que sa mère en est une.  La présence de violences physiques, plus spécifiquement d’attaques à l’arme blanche, est cependant perçue comme incompatible avec ce qu’il sait de la perversion narcissique, mais pas avec la catégorie de psychopathe. C’est donc vers celle-ci qu’il se tourne lorsque la relation prend fin et qu’il commence à chercher la cause du comportement de la conjointe. Ce type de violence n’est pas présent chez les hommes parlant de perversion narcissique, amenant à penser que la présence de violences spécifiques — ici uniquement des violences verbales et psychologiques — est un aspect central dans la désignation de la conjointe comme perverse narcissique. La seule exception est Maxence, qui déclare avoir été agressé physiquement par sa conjointe4. Néanmoins, dans son cas, l’épisode de violence physique mentionné arrive après la caractérisation de la conjointe. Il semble alors que certaines violences non-caractéristiques de la perversion narcissique ne suffisent pas à faire changer le diagnostic si celui-ci a déjà été posé par l’enquêté et ceux qui l’accompagnent5.

Les enquêtés se saisissent de catégories de violences correspondant à leur expérience et permettant de qualifier des actes, propos ou comportements de la conjointe, ce qui les conduit à opérer un rapprochement avec la perversion narcissique. Toutefois, l’attribution de la perversion narcissique à la conjointe n’est pas une finalité. Il s’agit en réalité d’un élément qui permet ensuite de mettre en lumière d’autres violences qui n’avaient jusque-là pas été perçues comme telles, dans un mouvement totalisant conduisant à une requalification complète de tout ce qui est dit et fait par la conjointe.

La perpétratrice « totale »

La catégorie de « perversion narcissique » conduit les enquêtés à s’intéresser au fonctionnement pervers narcissique. Celui-ci est caractérisé, pour les hommes étudiés, par la manipulation, qui est constante et en vient à résumer l’identité de la conjointe. Être en relation avec une perverse narcissique est constituée en expérience totale, au sens où chaque moment passé avec elle est construit comme un moment où son influence délétère s’exerce. Or, les manipulations en viennent à être définies par les enquêtés comme des faits avant tout féminins, et les conjointes comme des femmes déviantes. La perversion narcissique est alors mobilisée de manière genrée.

De la séduction à la manipulation

Les conjointes ne sont pas toutes décrites de la même manière : certaines sont jugées irresponsables, immatures, refusant de travailler, d’autres sont au contraire décrites comme carriéristes, ambitieuses, gérant le foyer et leur emploi d’une main de maître. Leur seul point commun réside dans les capacités de manipulation qui leurs sont attribuées, à savoir le fait d’être séductrices et irrésistibles. Pour les enquêtés, ces éléments rendent la conjointe particulièrement compatible avec la catégorie de perverse narcissique :

Elle avait l’art et la manière de persuader les gens d’agir en sa faveur. Elle les contrôlait. Elle te dessinait un tableau parfait à ingurgiter. C’était une force de persuasion […] C’était le type de personnalité qu’elle avait développé. (Pierre, 45 ans, ingénieur)

Alberto Eiguer lui-même notait à propos des pervers·es narcissiques que « [l]eur capacité de persuasion est remarquable » (2008, p. 195). Cette capacité de persuasion devient le nœud central de la personnalité de la conjointe et tout en elle est relu comme autant de preuves de sa perversion narcissique, qu’il s’agisse de son apparence physique ou de ses traits de caractère. Les conjointes sont en effet décrites comme des femmes « d’une grande assurance » (Thierry, 54 ans, technicien), qui affichent toutes les qualités du monde :

Physiquement, psychologiquement, moralement, professionnellement, c’était parfait quoi, elle était belle, elle était intelligente, elle était souriante, elle était douce, elle était tendre, elle avait un bon métier… elle a toujours un bon métier d’ailleurs, elle est toujours belle… Mais beaucoup moins tendre. (Maurice, 43 ans, sans emploi)

La perversion amène les enquêtés à considérer que les qualités de la conjointe ne sont pas réelles mais le produit — autant que la preuve — de sa pathologie :

En fait, elle est ce qu’on appelle, je vous l’ai dit, pervers narcissique. Elle est prédatrice, donc du coup seules les apparences comptent, et tout ce qui peut lui faire tomber le masque, aussi bien les personnes que les évènements, elle les retourne contre sa proie, en l’occurrence contre moi. Et du coup elle est capable de mentir, de pas tenir le même discours avec tout le monde, simplement pour préserver les apparences d’une femme parfaite, d’une femme épanouie, d’une mère aimante et tout ça. Mais en réalité c’est pas du tout ce qui se passe, à cause de son traumatisme, de sa perversion narcissique. (Maurice)

La perversion narcissique a une dimension totalisante, qui permet de définir l’intégralité de ce qu’est la conjointe. Une dimension genrée se détache de ces extraits d’entretien, les enquêtés décrivant avant tout des femmes séduisant des hommes et le monde afin de parvenir à leurs fins, en utilisant des moyens souvent traditionnellement féminins :

Il ressort de ses comportements un besoin permanent de faire fantasmer, d’être désirée, aux attitudes marquées par de nombreux selfies, photos ou vidéos de nu. (Mathieu)

La perversion narcissique s’inscrit dans la lignée des discours sur les femmes déviantes, dont les représentations populaires sont souvent mobilisées par les enquêtés, qui évoquent des femmes fatales et des « mante[s] religieuse[s] » (Thierry), rejoignant les représentations de femmes violentes et/ou criminelles (Cardi et Pruvost, 2012). Les hommes étudiés solidifient ici l’idée d’une conjointe perverse, dont le quotidien est constitué de manigances, tournant toutes autour de l’enquêté. L’association de traits et comportements féminins à la pathologie participe ainsi à la naturalisation de la déviance (supposée) de ces femmes (Cardi, 2007 ; Minoc, 2017).

Ce tableau permet aux enquêtés d’expliquer leur situation : ils ont été piégés par leur conjointe, qui les a séduits comme seules les perverses narcissiques savent le faire. La manipulation est décrite comme démarrant dès le premier regard, les conjointes déployant tout un arsenal afin d’arriver à leurs fins pour rencontrer puis attirer l’homme. Pierre déclare par exemple que sa conjointe, informaticienne dans la même entreprise que lui, « a bloqué [son] compte pour [le] rencontrer » — elle aurait volontairement verrouillé son ordinateur afin de venir le réparer. La relecture permise par le diagnostic de la perversion narcissique s’applique à toute l’histoire conjugale, incluant ses débuts, et participe à la démonstration d’un rapport de pouvoir exercé par la conjointe sur l’enquêté. Celle-ci, du fait de ses capacités de manipulation, maîtriserait l’intégralité de la relation, et les décisions de l’enquêté ne seraient pas le résultat de ses choix mais des stratégies de la conjointe. Cette relecture s’applique aussi aux comportements d’autres acteur·ices, qui sont perçu·es comme ayant été également trompé·es par la conjointe :

Il faut pas oublier que c’est une personne hyper séductrice, hyper séduisante, et qui est appréciée par tout le monde. En façade, personne n’y voyait que du feu. C’est pas pour rien que mon oncle a voulu me taper, c’est pas pour rien que mes ami·es m’ont tourné le dos, c’est pas pour rien que quiconque sur mon chemin était complètement aveugle de ce qui se passait. (Pierre)

La personnalité de la perverse narcissique permet ainsi d’expliquer que les proches des enquêtés se retournent contre eux lorsqu’il y a accusation de violence, et qu’ils soient perçus comme auteurs de violence et non pas comme victimes.

Le caractère permanent de la manipulation, qui imprègne les moindres aspects de la description de la conjointe, indique aux enquêtés qu’ils font face à une perverse narcissique, mais l’inverse est également vrai : c’est parce qu’ils savent que la conjointe est perverse narcissique qu’ils savent que les manipulations sont permanentes. Ce fonctionnement tautologique est propre aux processus de victimisation impliquant la perversion narcissique, étiquette totalisante ; une fois la conjointe caractérisée comme perverse narcissique, le rapprochement ne se fait plus entre certains évènements et la catégorie, mais entre cette dernière et tous les évènements. La conjointe devient alors une perpétratrice totale.

Disqualifier la conjointe

Les enquêtés s’attachent à dévoiler les manipulations, afin d’en faire des preuves de la perversion effective de la conjointe et des violences qu’ils ont subi. La découverte de mensonges constitue un élément central des démonstrations :

La perversion narcissique est une déviance de la personnalité qui s’acquiert dans la petite enfance, qui est souvent liée au départ d’un parent, en l’occurrence [dans le cas de sa conjointe] du père […] et donc du coup maintenant elle reproduit le même schéma. Par exemple son ex-compagnon elle m’avait dit qu’il était décédé, vous voyez, mais en fait il est pas du tout décédé ! (Maurice)

La réalité du mensonge, en concordant avec ce que Maurice sait de la perversion narcissique, constitue ici une confirmation logique du diagnostic. Toutefois, les mensonges avérés ne constituent qu’un élément parmi d’autres dans l’immense dévoilement que provoque la découverte de la perversion narcissique. Avec le recul, les enquêtés repèrent des preuves de la perversion avant le début de la relation :

Y’a eu pleins de signes avant-coureurs qui auraient dû me mettre la puce à l’oreille. Par exemple, c’est une femme qui siffle avec ses doigts, comme une racaille, elle m’appelait comme ça par la fenêtre, et une fois j’étais en retard à un rendez-vous parce que je bossais sur une nacelle, c’était un doigt d’honneur et un bras d’honneur, et c’est des trucs que j’ai mis de côté, j’ai dit bah c’est pas terrible, c’est pas bien grave. (Maxence)

Certains comportements déplaisants deviennent des comportements anormaux, qui préfigurent le déroulement de la relation. C’est également vrai pour des comportements plaisants, tels que les gestes et déclarations d’amour, qui sont rétrospectivement caractérisés comme anormaux. Hugo parle ainsi des débuts de sa relation : « on est partis en vacances quatre jours, elle m’a dit qu’elle m’aimait. Le piège était tendu. » La relecture de la relation est donc également une relecture de son contenu et de son déroulement. Les moindres faits et gestes de la conjointe sont analysés à la lumière de sa perversion, rétrospectivement constitués en ruses, et deviennent des preuves de la perversion narcissique, ce qui les vide par la même occasion d’une quelconque autre signification. Hugo raconte ainsi que durant leur relation sa conjointe perd son emploi, ce qui la plonge dans une période difficile. Quelques mois après avoir été licenciée, elle fait une tentative de suicide en ingérant des médicaments, et il l’emmène à l’hôpital. Sa conjointe lui explique qu’elle avait préparé sa tentative et que ce qu’elle avait pris n’aurait pas pu la tuer. « Donc vous voyez un peu la folie de cette personne ? » dit-il, « moi jouer avec la mort comme ça, ça me serait jamais venu à l’idée ».

De même, les paroles de la conjointe sont sujettes au doute et se retrouvent vite qualifiées de mensonges :

Pierre : Soi-disant elle aurait subi des violences physiques et morales étant gamine, où le père lui flanquait des volets et des coups de ceinture. C’est comme ça, en fait, qu’elle m’a eu, entre guillemets
A : C’est-à-dire ?
Pierre : C’est-à-dire qu’elle s’est dépeinte comme une victime quand on s’est rencontrés, et ayant un passé moi-même on va dire très chargé, en tout cas émotionnellement, pas physiquement, je vais pas dire que j’ai eu de la pitié, mais c’est vrai que ça a joué sur ma corde sensible. Et par ailleurs, elle me décrivait son père comme violent envers sa mère, comme quoi il sortait le fusil qu’il lui braquait sur la tempe quand Madame piquait des crises d’hystérie. Ok, très bien. Et après elle s’est faite passée pour maltraitée par son ex-compagnon, qui la délaissait.

Dans les entretiens, lorsque le passé de la conjointe est évoqué, c’est avant tout pour préciser qu’il s’agit très certainement d’un mensonge, au mieux d’une exagération. Les expressions de souffrance (présente ou passée) de la conjointe deviennent des ruses, visant à attendrir l’enquêté. La disqualification des violences vécues par la conjointe rejoint le discours des militants masculinistes étudiés par Édouard Leport (2020), qui soupçonnent les femmes de mentir sur les abus subis afin d’accéder à une catégorie de victime qui serait socialement et financièrement avantageuse. Pour les enquêtés, les conjointes auraient ici cet objectif afin de pouvoir « jouer sur [leur] corde sensible » et mieux les séduire.

Cette relecture constitue une manière de lever le risque de « relativisation » (Barthe, 2017) qui plane dans tous les processus de victimisation. Les victimes peuvent en effet être accusées de ne pas l’être, de ne pas être de « bonnes » victimes ; des obstacles à leurs demandes de reconnaissance émergent, donnant lieu à une relativisation de leur expérience et de leur condition de victime (Barthe, 2017). Dans les cas de violence au sein du couple, cette dynamique est fortement liée à l’ambiguïté quant aux rôles de victimes et d’auteur·ices, les victimes pouvant être soupçonnées d’avoir été elles-mêmes auteures. Des travaux ont souligné combien ce soupçon est présent dans les représentations sociales mais aussi institutionnelles des violences conjugales, notamment lorsque les femmes victimes de violence sont accusées d’avoir usé de violences ou que survient la question de la responsabilité (Delage et al., 2020). La mobilisation de catégories « psys » peut agir comme un obstacle à la relativisation. Le « syndrome de la femme battue », par exemple, a pu jouer ce rôle dans le cadre judiciaire (Ferraro, 2003), en indiquant que des femmes pouvaient être des victimes et user de violence — voire même que c’était parce que les femmes concernées étaient victimes qu’elles usaient de violence. Le « syndrome de la femme battue » constitue ainsi une catégorie « psy » aux usages genrés. Il s’agissait pour sa créatrice, Léonore Walker, de développer une « expertise psychologique plus favorable aux victimes dans le cadre des procédures judiciaires » (Pache, 2017, p. 59) en prenant en compte le rapport de genre et la manière dont il façonne les violences faites aux femmes.

Les enquêtés empruntent un chemin en apparence similaire, en utilisant la catégorie de « perverse narcissique » pour écarter la relativisation qui pourrait viser leur condition de victime : si tout n’est que manipulation de la conjointe, alors il n’y a plus d’ambiguïté. Rien de ce qu’elle fait ou dit n’est sincère, et rien ne doit être pris comme autre chose qu’une ruse, et plus précisément, comme la ruse qu’une femme met en place contre un homme.

Disqualifier les accusations de violence

La disqualification de la conjointe est aussi une disqualification des accusations de violence qu’elle formule envers les enquêtés. Présenter ces dernières comme des ruses permet de décrédibiliser sa parole, voire de faire des accusations des violences subies par les enquêtés. Maurice, par exemple, nie avoir commis les violences dont il a été accusé et pour lesquelles il a été condamné. Il explique :

Et à chaque fois [qu’il y a une dispute], elle va déposer une plainte. Et pas tout de suite, quelques heures ou quelques jours après, elle se fait mal d’une façon ou d’une autre. Elle se cogne, elle se tape la tête contre les murs ou elle demande à quelqu’un de la battre, et elle va aux UMJ, elle fait constater ses blessures en disant que c’est moi qui lui ai fait. Donc ce sont des actes vicieux, extrêmement pervers, et donc c’est complètement lié à sa déviance de sa personnalité. (Maurice)

Il établit un lien entre les accusations de violence et la perversion narcissique, en s’appuyant sur ses recherches :

Sur les trente points pour reconnaître le pervers narcissique, elle a les trente, donc je crois que y’a plus aucun doute possible à ce niveau-là. Tout y est : l’enfance avec un père séparé, la facilité à se mettre en avant et à se victimiser en permanence – parce que c’est toujours elle qui est la victime. Elle n’a jamais responsable de rien, jamais rien n’est de sa faute, même aujourd’hui là ça continue, puisque c’est elle qui a demandé l’ordonnance de protection. (Maurice)

La mise en avant des mensonges, et plus largement des manipulations, constitue une manière de mettre en sens les accusations de violence auxquelles font face les enquêtés. D’une part, parce qu’ils disent considérer ne pas avoir été violents envers la conjointe6. D’autre part, parce qu’ils souhaitent montrer que les accusations de violence constituent de nouvelles manipulations et de nouvelles formes de violences psychologiques que leur conjointe exerce sur eux.

Présenter la parole de la conjointe comme fondamentalement trompeuse permet alors de lui enlever toute légitimité, tout particulièrement lorsque cette parole s’élève contre les enquêtés dans le cadre de procédures judiciaires. La perversion narcissique se présente alors comme une forme pathologisante de « la mise à distance et la neutralisation des accusations » (Leport, 2020, p. 391) opérées par les hommes qui en font l’objet. À l’image des militants étudiés par Édouard Leport, qui accusent les femmes de mentir sur les violences qu’elles subissent afin de gagner un statut de victime perçu comme socialement et financièrement avantageux, les hommes étudiés ici accusent les femmes de le faire pour obtenir un statut de victime par besoin pathologique d’être reconnues comme telle. Dans les deux cas, les violences subies par ces femmes sont niées, et leur parole est délégitimée.

Qui plus est, les enquêtés font montre de pratiques de délégitimation de la parole de la conjointe, renforçant de ce fait leur propre victimisation et participant de la victimisation d’autres hommes :

Quand je l’ai connu, elle m’a dit que c’était une femme battue. J’ai mis pas mal d’années à trouver le numéro de son ex-mari. Je l’ai eu, sa femme m’a appelé, elle m’a dit je peux vous parler, mon mari m’a donné l’autorisation, dites-moi ce qui se passe. Je lui ai tout expliqué, sa femme s’est mise à pleurer, je lui ai dit pourquoi vous pleurez ? Elle m’a dit tout simplement, tout ce que mon mari m’a dit, je l’ai jamais cru. […] Et [son ex-conjointe] lui a fait ça [une série de procès pour violences au sein du couple] pendant seize ans. Elle lui a retiré ses enfants, elle lui a retiré ses petits-enfants, et maintenant entre guillemets grâce à moi, il voit mon petit-fils par alliance, on s’est mis d’accord, on les a contactés, et on va l’emmener voir son grand-père et sa grand-mère (Maxence).

Maxence se fait ici victimisateur, puisqu’il montre que l’ancien mari de sa conjointe et lui-même sont victimes, et non pas auteurs de violence. Il répare (de son point de vue) par la même occasion un préjudice fait à l’ex-conjoint, en allant à l’encontre de la décision de justice et en permettant à un homme condamné pour violences au sein du couple de voir son petit-fils.

La continuité temporelle de la perversion narcissique est mobilisée pour désingulariser la situation de l’enquêté, construire des lignées de victimes masculines et remettre en cause à la fois les accusations de violences présentes et passées. Le processus de victimisation des enquêtés devient un processus collectif qui englobe des auteurs de violence passés (les anciens conjoints), présents (les enquêtés) et futurs (« elle va recommencer ») : « c’est une prédatrice, elle cherche des proies » (Maxence). La catégorie « perverse narcissique » est mobilisée comme catégorie totale au niveau social — la personne a un fonctionnement pervers narcissique qui influe sur toutes les sphères de sa vie — et temporel — la personne a toujours eu un fonctionnement pervers narcissique. Son usage participe alors à la constitution d’espaces de solidarité masculine et masculiniste, qui reposent sur la dénégation de la condition de victime de la conjointe. Si cela n’est pas spécifique aux hommes estimant avoir été en couple avec une perverse narcissique, comme le montre la littérature sur les militants masculinistes (Leport, 2020), le diagnostic (profane comme professionnel) consolide ces solidarités autant qu’elle les légitime.

Être victime, être violent

En construisant la conjointe comme perpétratrice perverse narcissique, les hommes étudiés se construisent dans le même temps comme victimes de la conjointe, et surtout comme étant prédisposés à être victimes de perverses narcissiques. Le recours à la violence, de la part des enquêtés, est par ailleurs intégré à leur condition de victime par le biais d’une hiérarchisation des violences qui conduit à présenter la violence exercée par la conjointe comme une violence plus grave que celle à laquelle ils ont pu avoir eux-mêmes recours. C’est cette hiérarchisation qui permet aux enquêtés de se défendre face aux accusations qui leurs sont faites.

La place du passé

Thierry fait le lien entre son enfance et celle d’un de ses amis, décrit comme étant également victime d’une perverse narcissique :

Nous avons une enfance commune, et il est tombé sur le même type de personne [dans son couple]. Y’a pas de secrets avec ces gens-là […] On a une histoire très singulière parce qu’en fait on est issu de milieux modestes, on a manqué de confiance. Pareil, lui aussi il a eu l’absence du père, qui ne lui a pas donné la confiance qu’il faut. Alors le père absent, souvent, je crois que c’est comme ça. […] C’est à force de séances de psy que j’ai compris que ces gens-là repèrent leur proie. D’ailleurs c’est aussi l’histoire de mon ami. Elle l’a trouvé, elle a senti quelqu’un de faible. Ils ont besoin de vous écraser, ces gens-là. (Thierry)

Comme lui, tous les autres enquêtés, lorsqu’ils évoquent leur passé, le font à la lumière des diverses expériences les ayant fragilisés. Ils (re)mobilisent leur passé pour donner une cohérence à leurs parcours de vie au prisme de la victimisation. Ainsi, divers moments au cours desquels a été vécue une souffrance se voient mobilisés dans la création d’un fil conducteur qui articule les différentes expériences douloureuses des enquêtés. Les états internes de l’individu, liés à son passé, participent à expliquer et à légitimer sa condition de victime. Dans cette forme de réflexivité, les individus se considèrent comme victimes parce qu’ils sont confrontés à une perpétratrice et parce que leur fonctionnement interne facilite ce devenir victimaire.

La mise en avant de l’intériorité des victimes de violence conjugale est loin d’être nouvelle, et a pu donner lieu à une tendance responsabilisatrice, en déclarant par exemple que les femmes ont une part de responsabilité dans les violences qu’elles subissent (Lelaurain et al., 2018). Plus largement, le passé figure au rang des explications causales que les individus peuvent mobiliser dans le cadre de « psychologies naïves » (Lelaurain et Fonte, 2022) et il n’est pas surprenant qu’il soit mobilisé aussi largement par les enquêtés, d’autant plus quand ce passé est constitué d’évènements traumatiques explorés en thérapie.

Le passé devient une force qui agit au travers de l’enquêté mais aussi une preuve de la perversion narcissique de la conjointe, qui s’en prend à l’homme parce qu’elle est attirée par ses fragilités et qu’elle peut s’en servir :

Ce n’est pas moi qui ai séduit cette femme. C’est elle qui est venue me chercher. Pourquoi ? Parce que ces gens-là repèrent leur proie. (Thierry)

Le discours introspectif participe à la fois à expliquer la condition de victime et à responsabiliser la perpétratrice : la perverse narcissique est coupable à la fois des violences qu’elle a commises et d’avoir choisi sa « proie » en fonction de caractéristiques psychiques permettant de la violenter. Le rapport de pouvoir entre la perpétratrice totale et la victime totale est renforcé par les faiblesses psychiques de cette dernière, qui n’a dès le début pas les armes pour résister à la conjointe. Les enquêtés sont « sous le joug » (Jean) de la perpétratrice.

La mise en avant de l’ascendant qu’a la conjointe sur eux amène une évacuation complète de potentielles ambiguïtés dans la détermination des rôles de victimes et agresseur·euses. L’enquêté est constitué comme une victime presque naturelle, son fonctionnement interne le prédisposant à être victime, et la conjointe comme agresseuse naturelle, du fait de son fonctionnement pervers narcissique. La naturalisation du rapport de pouvoir permet également d’éviter — ou de minimiser — le risque de voir sa condition de victime relativisée.

Expliquer la violence

Les dix hommes étudiés ont pour la plupart fait l’objet de plaintes de la part de leur conjointe, plusieurs d’entre eux ont été condamnés, et la majorité reconnaît avoir exercé au moins une partie des violences qui leur sont reprochées. Ces violences constituent des éléments qui ne peuvent ni être ignorés, ni traités comme des allégations mensongères. La catégorie de perversion narcissique est alors mobilisée pour intégrer ces violences à la situation de victime.

J’en pouvais plus, elle était tellement imprévisible […] c’était toujours comme ça, dans les moments sympas, elle lançait un truc destructeur… Maintenant j’en parle avec mon psy, et c’était pour que je devienne violent et pour que je la frappe […] parce que ma femme me poussait toujours à bout pour que je la frappe. (Jean)

Pour Jean, sa conjointe souhaite par ce biais « [le] détruire ». Les violences sont analysées comme des émanations de la perversion narcissique et sont expliquées comme étant une énième manipulation de sa part. Il ne développe pas cette explication seul. Les propos rapportés de sa thérapeute montrent le transfert du blâme qu’opère cette dernière. Là encore, l’intervention des victimisateurs, et plus spécifiquement des professionnel·les « psys » est centrale, puisqu’elle vient fournir des explications permettant de rendre l’exercice de la violence compatible avec la condition de victime. On retrouve chez d’autres enquêtés ne s’estimant pas victimes de perverses narcissiques de telles explications utilisant d’autres concepts « psys », produisant un résultat similaire :

Je peux considérer maintenant que c’était pas de la violence envers elle mais de la violence envers moi. C’était, comme ils me disent les psychologues et les psychiatres, c’était du réactionnel. Oui, je tapais dans le mur, même une fois en voiture […] j’ai dit Arrête-toi, elle s’est arrêtée, j’ai fermé la portière, j’ai mis un coup de pied dans la portière. (Lucien, 41 ans, maçon, procès en cours)

Lucien, qui au moment de l’entretien attend son procès pour coups et blessure, mobilise un concept transmis par les professionnel·les qu’il consulte afin de montrer que la véritable victime de sa violence n’est pas sa conjointe mais lui-même. La perversion narcissique comme la violence réactionnelle7 se présentent comme des ressources « psys » saisies par les enquêtés et leurs victimisateurs qui façonnent la dynamique de responsabilité : l’homme n’est pas responsable de sa violence, c’est la conjointe qui la provoque. Cette dynamique a pour résultat de hiérarchiser les violences : la violence psychologique féminine, en ce qu’elle est responsable à la fois de la souffrance de l’homme et de la violence de ce dernier, est conçue comme étant supérieure en effets — et donc, en gravité — à la violence physique masculine. Les violences exercées sont redéfinies comme des violences échappant au contrôle des enquêtés, car elles sont instrumentalisées par la perverse narcissique, qui les provoque sciemment.

Qu’ils se considèrent comme victimes d’une perverse narcissique ou non, tous les enquêtés qui reconnaissent avoir exercé des violences déclarent avoir été provoqués par leur conjointe. Plus largement, la question de l’attitude provocante des victimes de violence est une cause associée aux violences conjugales, y compris par des personnes n’étant pas auteur·ices de violence (Lelaurain et Fonte, 2022). Accuser la conjointe d’être perverse narcissique s’inscrit dans la dynamique de culpabilisation des victimes, et constitue une tactique moins d’occultation que de déresponsabilisation de la violence masculine (Romito, 2006).

L’usage de la catégorie de perversion narcissique présente des caractéristiques spécifiques concernant l’attribution des responsabilités dans la violence exercée parce qu’elle permet de réinterpréter la violence masculine comme une violence de victime, subordonnée à celle de la conjointe, et d’évacuer également le rapport de genre. Cette utilisation est rendue possible parce que la perversion narcissique installe un rapport de pouvoir psychique entre l’individu pervers narcissique et sa victime. Les violences subies et perpétrées sont alors interprétées et hiérarchisées à la lumière de ce rapport de pouvoir et des rôles que l’enquêté et sa conjointe y tiennent. Ce n’est plus un homme qui exerce des violences sur une femme, mais une victime qui exerce des violences sur — et provoquées par — la personne détenant le pouvoir, la perverse narcissique. Le caractère totalisant de la perversion narcissique permet de définir la provocation des violences comme une violence dissimulée, puisque tous les agissements de la conjointe relèvent de la manipulation. Ce n’est alors qu’au regard de l’impuissance à résister à la perverse narcissique que la violence des enquêtés peut être interprétée comme une violence de victime. Dans ce contexte, la violence masculine devient une violence localisée, réactionnelle, et comparativement moindre, qui naît face à une violence totale.

Il s’agit alors pour les enquêtés de réfuter les accusations de violence, à la fois en rejetant la faute sur les conjointes et en plaçant leur violence dans le cadre plus large de la violence qu’ils subissent. La perversion narcissique se présente alors comme une catégorie appuyée par des savoirs et des professionnel·les, qui, en proposant en plus son propre rapport de pouvoir, peut « donner lieu à des usages qui occultent le genre et renforcent des représentations masculinistes reposant sur une symétrisation de la violence » (Delage, 2021, p. 245).

Conclusion

La mobilisation de la catégorie de perversion narcissique s’inscrit dans des dynamiques de transfert du blâme et se présente comme une manière pour les hommes ayant exercé de la violence de faire sens de leur situation, des accusations auxquelles ils font face, et de se construire comme victimes.

Toutefois, il semble également qu’une des particularités de la catégorie soit de rendre dicible la souffrance des enquêtés en leur permettant d’identifier des violences qu’ils subissent, de les nommer, et de les placer au cœur des processus de victimisation. Les pervers·es narcissiques se repèrent via leur effet sur les victimes, qu’ils et elles affectent en usant notamment de violences psychologiques. Les enquêtés s’inscrivent dans cette lignée, puisqu’ils décrivent des faits de violences psychologiques de la part de leur conjointe, des faits souvent pris au sérieux par leurs interlocteur·ices, et notamment par les professionnel.les de la santé mentale qu’ils fréquentent. Ces violences dénoncées, en étant combinés avec les conséquences des violences, aboutissent à la reconnaissance — sociale et thérapeutique, mais rarement judiciaire8 — de leur condition de victime.

La pathologisation de la conjointe apparaît comme un élément supplémentaire, qui légitime la souffrance de l’enquêté, notamment parce qu’elle se fait via des professionnel·les du champ « psy », mais qui permet également d’évacuer les rapports de genre dans l’analyse de la situation en faisant de la pathologie le facteur explicatif central des violences. Il est néanmoins visible que la perversion narcissique, bien qu’elle ne semble pas pensée comme une catégorie genrée, présente des usages genrés lorsqu’elle est mobilisée par des femmes ou par des hommes. Ces usages ne sont pas pour autant équivalents, dans leur nombre comme dans leur rôle au sein des processus de victimisation. Si la perversion narcissique se conjugue habituellement au masculin et que plus de femmes que d’hommes se décrivent comme ayant été confrontées à des pervers narcissiques dans le couple (Joly et Roquebert, 2021), c’est bien parce que plus de femmes que d’hommes sont victimes de violences au sein du couple. Le simple constat statistique ne suffit toutefois pas à rendre compte de la diversité interne des usages de cette catégorie, notamment du côté des hommes, et laisse voir la centralité des rapports de genre dans les violences conjugales mais aussi dans les usages sociaux des catégories « psys ». La perverse narcissique, en effet, si elle peut sans nul doute être une femme auteure de violence, se montre au travers des hommes étudiés ici comme une femme rendue responsable des violences qu’elle subit, et dont le crime principal est d’avoir porté ces violences à l’attention des proches et des institutions judiciaires.

Conflits d’intérêts

Aucun conflit d’intérêt déclaré.

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Notes

1 Les structures proposent également de rediriger vers des avocat·es et thérapeutes sensibilisé·es à la question des victimes masculines. Retour au texte

2 Certains enquêtés ont d’ailleurs eu recours à des associations de pères séparés. Retour au texte

3 La différence se faisant dans la fréquence et la gravité de ces atteintes, qui pour les femmes arrivent plus souvent, sont plus graves, et se cumulent avec d’autres violences (verbales, physiques, sexuelles…), là où les hommes sont plus nombreux à déclarer des atteintes ponctuelles, moins variées, et moins marquantes (voir Brown et al., 2021). Retour au texte

4 Elle lui assène plusieurs coups à l’aide d’une enceinte. Retour au texte

5 Son psychiatre, dans le cas de Maxence. Retour au texte

6 Et, lorsqu’il y a usage de violence, ils considèrent qu’elle n’est réellement pas de leur fait, comme nous le verrons. Retour au texte

7 Le terme de « violence réactionnelle » désigne en psychologie une violence qui surgit « en “réaction” à une situation de crise, dans une communication devenue impossible autrement » (Goncalves, 2016, p. 92). Retour au texte

8 Maxence est le seul enquêté dont la conjointe a été condamnée, non pas pour des faits de violence psychologique mais pour coups et blessures. Retour au texte

Citer cet article

Référence électronique

Auréliane Couppey, « « Elle est perverse narcissique, je sais pas si vous connaissez ce terme… » Les femmes, la perversion narcissique, et les hommes qui en parlent », Psychologies, Genre et Société [En ligne], 1 | 2023, mis en ligne le 26 octobre 2023, consulté le 23 juillet 2024. URL : https://www.psygenresociete.org/199

Auteur·ice

Auréliane Couppey

Auréliane Couppey est doctorante en sociologie au LIER-FYT (EHESS) et ATER à l’Université de Reims Champagne-Ardennes. Ses recherches portent sur les processus de victimisation, les violences conjugales et le masculinisme.

Droits d’auteur·ices

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