Psychologies, Genre et Société https://www.psygenresociete.org Psychologies, Genre et Société est une revue universitaire féministe qui aborde les enjeux politiques associés à la psychologie. fr Comités de la revue https://www.psygenresociete.org/72 Comité éditorial Auréliane CouppeyMaîtresse de conférence contractuelle en sociologie – Université de Bretagne Occidentale David FonteMaître de conférences en psychologie sociale, Centre de Recherche Psychanalyse, Médecine et Société – Université Paris CitéMembre de la Cité du Genre Lola GirerdPost-doctorante en psychologie sociale – Université Clermont AuvergneMembre de la Cité du Genre Mathilde KieningPsychologue et docteure en psychologie, Centre de Recherche Psychanalyse, Médecine et Société – Université Paris Cité Solveig LelaurainMaîtresse de conférences en psychologie sociale, Laboratoire de Psychologie Sociale – Aix-Marseille Université Léo Manac’hDocteur en anthropologie, Centre Population & Développement – Université Paris Cité, Institut Convergences Migrations Ancien·nes membres Céline Dentella ; Xavier Mabire ; Sophie N’Diaye ; Léa Restivo ; Agathe Roux-Lafay ; Andrae Thomazo Comité scientifique Thamy Ayouch, Université Paris Cité (France)Membre de la Cité du Genre Tiphaine Besnard Fabrice Bourlez, ESAD de Reims (France) Natacha Chetcuti-Osorovitz, ENS-Paris-Saclay (France) Pauline Delage, CNRS (France) Juliet Foster, King’s College London (Royaume-Uni) Christèle Fraïssé, Université de Bretagne Occidentale (France) Jean-Christophe Giger, Université d’Algarve (Portugal) Cynthia Kraus, Université de Lausanne (Suisse) Laurie Laufer, Université Paris Cité (France)Membre de la Cité du Genre Samuel Lézé, ENS de Lyon (France) Denise Medico, Université du Québec à Mont dim., 12 juil. 2026 00:00:00 +0200 https://www.psygenresociete.org/72 « Trouble dans le cisgenre » : Réflexions préliminaires https://www.psygenresociete.org/619 Si le passage du transsexualisme historique aux transidentités actuelles s’est opéré à partir d’une remise en cause de la binarité des sexes et des genres, l’extension des genres qui en résulte ne reconduit-elle pas insidieusement la binarité tant décriée, lorsqu’au terme générique « trans’ » vient répondre, comme son pendant en négatif, la désignation de « cis’ » ? Trans’ vs cis’ – le genre ne se laisserait-il donc pas décliner autrement que selon une formule binaire ? Binarité inédite, certes, puisque le couple d’opposés ainsi formé ne désigne plus les seules déclinaisons possibles du genre, mais les manières de s’y assujettir selon une ligne de fracture claire : en conformité ou en rupture d’avec les normes. Les termes « cisidentité » ou « cisgenre » – d’usage et d’étude relativement récents1 dans le monde académique – reviennent donc à nommer ce que la norme, de par son pouvoir d’évidence, passe sous silence, à savoir l’adéquation du sexe au genre. L’invention de ces termes est à lire en effet-miroir, dans l’après-coup, voire en négatif de la dénomination « trans’ » : est dit cis’ qui ne s’identifie pas comme trans’ ; serait dit cis’ qui est non-trans’ ; la norme ne se retrouve ainsi nommée qu’à partir de son au-delà, de ses marges. Arnaud Alessandrin (2013) relevait d’ailleurs que « les individus ne se qualifient pas spontanément de cisgenre. Ce n’est donc pas un terme qui fait sens dans les expériences non-Trans. La cisidentité́ est conçue comme une neutralité́ et à ce dim., 12 juil. 2026 00:00:00 +0200 https://www.psygenresociete.org/619 À côté du cistème : retravailler l’élasticité du tact psychanalytique https://www.psygenresociete.org/609 L’article vise à repenser l’éthique psychanalytique ainsi que ses enjeux métapsychologiques et techniques face aux personnes trans, en refusant leur pathologisation. Il montre que si « question trans » il y a, celle-ci révèle surtout les limites cisnormatives de la théorie psychanalytique. L’auteur distingue les souffrances subjectives des violences sociales produites par la transphobie. Il appelle à déconstruire le « cistème » sous-jacent au référentiel analytique et à assouplir les concepts utilisés dans la métapsychologie traditionnelle (sexe, genre, phallus et jouissance...) afin de mieux rencontrer et écouter les réalités des vies trans. En conclusion, il défend une clinique plus modeste, attentive et ouverte, fondée sur le tact et l’accueil des singularités. This article aims to rethink psychoanalytic ethics, as well as its metapsychological and technical challenges regarding transgender people, by rejecting their pathologization. It shows that if there is such a thing as a “trans issue,” it primarily reveals the cisnormative limitations of psychoanalytic theory. The author distinguishes between subjective suffering and the social violence produced by transphobia. He calls for deconstructing the “cis-system” and for making the concepts used in traditional metapsychology (sex, gender, phallus, and jouissance, etc.) more flexible in order to better engage with and listen to the realities of trans lives. In conclusion, he advocates for a more modest, attentive, and open clinical approach, grounded in tact and an acceptance of singularities. ven., 26 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.psygenresociete.org/609 La Fabrique de l’enfant-cisgenre https://www.psygenresociete.org/584 En 2022, les psychanalystes Caroline Eliacheff et Céline Masson ont publié l’ouvrage La Fabrique de l’enfant-transgenre. Adoptant un style polémique, cet ouvrage est présenté et promu comme portant la critique psychanalytique d’une idéologie trans prétendument pourvoyeuse d’un « scandale sanitaire » dont les victimes seraient des enfants endoctrinés dans un mouvement comparé à une dérive sectaire. Une lecture critique de cet ouvrage permet de faire ressortir sa dimension de militance pour un standard sexuel cis-hétéro-normativant, standard donnant consistance à la notion de cisidentité au nom de la psychanalyse, et faisant du genre un nouvel avatar de la politisation du corps de l’enfant. L’article resouligne la portée de scandale de la sexualité infantile, qui trouve dans l’ouvrage un nouveau topos idéologique. In 2022, psychoanalysts Caroline Eliacheff and Céline Masson published The Making of the Transgender-Child. In a controversial style, the book is promoted as presenting a psychoanalytical critical point of view on a trans-ideology, allegedly carrying a « sanitary scandal » of which indoctrinated children are said to be the victims, locked up in a movement presented as akin to a cult. A critical reading of this work allows us to highlight its militant dimension for a cis-hetero-normative sexual standard, giving to the cis-identity notion a consistency, in the name of psychoanalysis, and making gender a new manifestation of the politicization of children’s bodies. This paper underlines the scandalous scope of infantile sexuality, which finds a new ideological topos in the book. mar., 16 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.psygenresociete.org/584 Nul n’échappe au malaise dans la sexuation https://www.psygenresociete.org/595 Quelle consistance, quelle teneur convient-il de donner à l'idée de « cisgenrisme » depuis une perspective psychanalytique lacanienne ? Le terme de « cisgenre » pose rien de moins que la question de l’existence de normes et du normal en matière de genre et de sexuation. Si des normes existent, à quel niveau convient-il de situer leur efficace ? Selon l’abord psychanalytique, le sexe confronte chacun à une altérité fondamentale au cœur de son intimité. Ces considérations sont de nature à subvertir profondément l’idée d’une « cisidentité » simple ou neutre, entendue comme possible congruence du sexe au genre. Dans les années 1970, Lacan a élaboré une approche originale de la différence des sexes, qui sort justement de l’approche par l’identification et a fortiori par la voie identitaire, en proposant un abord par la logique des « modes de jouir ». C’est le fil que nous nous proposons de suivre dans cet article, afin de préciser la spécificité de la perspective psychanalytique de la sexuation relativement à tout abord par le genre. What consistency and content should be given to the idea of ​​“cisgenderism” from a Lacanian psychoanalytic perspective? The term “cisgender” raises nothing less than the question of the existence of norms and of what is normal in matters of gender and sexuation. If norms exist, at what level should their efficacy be situated? According to the psychoanalytic approach, sex confronts each individual with a fundamental otherness at the heart of their intimacy. These considerations are likely to profoundly subvert the idea of ​​a simple or neutral “cis identity”, understood as a possible congruence of sex with gender. In the 1970s, Lacan developed an original approach to sexual difference, which precisely departs from the approach through identification and, a fortiori, through identity politics, by proposing an approach based on the logic of “modes of jouissance”. This is the thread we propose to follow in this article, in order to clarify the specificity of the psychoanalytic perspective of sexuation in relation to any approach through gender. dim., 14 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.psygenresociete.org/595 Désaxer la performance cis : nouvelles configurations scéniques queer des dissidences de genre https://www.psygenresociete.org/564 Encore fragile dans son existence récente, la notion cisgenre est de plus en plus répandue pour décrire les catégories de genre dans les politiques et les pratiques représentationnelles dans les spectacles étatsuniens. L’article, après une brève interrogation sur la généalogie du terme, fait l’hypothèse que ce positionnement peut contribuer à remettre en cause le système de genre binaire plutôt que l’inverse. Il propose de marquer ce potentiel émancipateur cis en ajoutant un astérisque, à la suite de trans*, pour marquer à la fois une autonomie du terme cis et un potentiel de subversion, à rebours d’une reterritorialisation des identités normatives. En analysant deux pièces de théâtre : Hir de Taylor Mac (2014) et Straight White Men (2014/2018) de Young Jean Lee et une pratique spectaculaire, la culture des Balls, je défends l’existence d’une praxis cis* qui érode par l’imaginaire queer et intersectionnel les forces normatives qui pèsent sur les processus de création et de subjectivation. The freshly minted and still fragile notion of cisgender is more and more widely used to describe gender categories in representational politics and US performances. This article after a brief questioning of the genealogy of this term explores how it can be part of the effort to challenge the binary gender system—and not the reverse. It offers to signify the emancipatory potentiality of cis by adding an asterisk after trans*. This diachronic sign inaugurates both the autonomy of the term and its subversive potential to eschew the reterritorialization of normative identities. By analyzing two plays, Hir by Taylor Mac (2014) and Straight White Men (2014/2018) by Young Jean Lee and the ballroom culture, I suggest that a cis* praxis can erode, through queer and intersectional imagination, the normative forces stifling the creative and subjectivation processes. ven., 12 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.psygenresociete.org/564 Troubles cis- dans Girl Meets Boy de Ali Smith (2007) : “Well, I say a man, but Ovid’s very fluid, as writers go, much more than most.” https://www.psygenresociete.org/574 La novella d’Ali Smith, écrivaine écossaise lesbienne, Girl Meets Boy, prend appui sur une des métamorphoses d’Ovide pour interroger à nouveaux frais l’identité vécue des personnes qui ne se reconnaissent pas dans leur genre d’assignation et surtout l’effet qu’une telle instabilité identitaire, liée au sexuel, provoque dans leur vie subjective. Cet article propose de lire le texte d’Ali Smith en mettant en lumière comment celle-ci jubile de queeriser et le texte ovidien et la société du début du vingt-et-unième siècle avant de soulever la question de ce qui est ainsi révélé sur l’identité supposée solide du « dit-cis ». En affirmant avec la psychanalyse, que le cis, pas plus que le trans, n’est dans une assomption jubilatoire d’autre chose que son image, cet article conclut que la littérature qui maintient le cap woolfien selon lequel le genre n’est jamais fixe lui-même permet de faire dialoguer des approches susceptibles de se tenir à distance, l’approche genrée et l’approche psychanalytique. Girl Meets Boy is a novella by Ali Smith, a lesbian Scottish writer. It rewrites one of Ovid’s metamorphoses in order to question the lived experience of those who are at odds with their assigned gender, but most of all, it highlights the effects such unstable identity, in its sexed dimension, triggers off in their subjectivity. This article seeks to read Ali Smith by underlining how much she revels in queering Ovid’s intertext as well as 21st-century society, before raising the question of what this reveals about the identity of those that are said to be cis. By asserting with psychoanalysis that cis identity, no more than trans-identity, mostly deals with the imaginary dimension of identity and the enjoyment it provokes, the article will assert that the kind of literature that follows in the footsteps of Woolf by showing how gender is always fluid enables psychoanalysis and gender theory to speak again. jeu., 11 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.psygenresociete.org/574 Psychologiser n’est pas politiser. Autour de Trauma de Juliet Drouar https://www.psygenresociete.org/562 Depuis la fin des années 2010 et le mouvement #MeToo, les publications portant sur les violences sexuelles, le consentement et les traumatismes psychiques se sont multipliées, répondant notamment à la nécessité de penser ces questions à partir d’un point de vue féministe et queer. Dans le contexte français, on peut par exemple citer La Conversation des sexes de la philosophe Manon Garcia (2021) ; du côté de la psychanalyse, Céder n’est pas consentir de Clotilde Leguil (2021) ou encore Sœurs de Silvia Lippi et Patrice Maniglier (2023) ; le livre collectif La Culture de l’inceste (Brey & Drouar, 2022), et bien d’autres. Trauma de Juliet Drouar, publié en 2025, participe donc à une vague discursive importante et utile, qui doit nous donner les clés pour comprendre l’articulation entre les violences (notamment sexuelles) faites aux corps et la question du pouvoir. Dans la mesure où l’auteur nous a habitué·es à des analyses politiques et queers (de l’hétérosexualité ou de la minorité, voir par exemple Drouar, 2021, 2023) et parce que Drouar est aussi l’un des éditeurs de La Culture de l’inceste qui propose une analyse politique des violences incestuelles, on était en droit de s’attendre, avec Trauma, à une conception politique et queer du traumatisme. Or, le livre satisfait-il à une telle attente ? L’hypothèse fondamentale du texte, concernant les rapports entre domination et traumatisme, consiste à montrer « pourquoi et comment le terreau des violences, y compris systémiq jeu., 04 juin 2026 00:00:00 +0200 https://www.psygenresociete.org/562 De Dora à #Metoo : culture du viol, culture de l’inceste et perspectives critiques en psychanalyse https://www.psygenresociete.org/556 Renouvelée par #Metoo, l’identification de la culture du viol — excuse des coupables, responsabilisation des victimes — peut être appliquée à la psychanalyse. Deux moments majeurs de la pensée de Freud sont analysés ici dans cette perspective. Premièrement, en 1897 ; l’abandon de la réalité des violences sexuelles et de l’inceste dans l’enfance des femmes dites hystériques au profit de la théorie du fantasme et du complexe d’Œdipe. Deuxièmement, Fragment d’une analyse d’hystérie (Dora), écrit en 1901, dans lequel Freud cherche à persuader une femme de 18 ans qu’elle est amoureuse de l’homme qui l’a agressée sexuellement à l’âge de 13 ans. La culture du viol s’y révèle massivement à l’œuvre. Quelques auteurs, dont Ferenczi, ont tenté d’affirmer la réalité des violences sexuelles, mais ils ont été rapidement ostracisés. On peut donc distinguer une psychanalyse réactionnaire, justifiant ou invisibilisant les dominations, et une psychanalyse critique, tenant compte des rapports sociaux de dominations et de leurs effets. Strengthened by #Metoo, the identification of rape culture — indulgence for perpetrators, accountability for the victim accountability to psychoanalysis. Two major moments of Freud’s thought are analyzed here from this perspective. First, the replacement in 1897 of the reality of sexual violence and incest in the infancy of so-called hysterical women by of the theory of fantasy and the complex of Oedipus. Secondly, Fragment of an Analysis of Hysteria (Dora), written in 1901, in which Freud seeks to persuade an 18-year-old woman that she is in love with the man who sexually assaulted her when she 13 years old. The culture of rape is massively revealed here. Some authors, including Ferenczi, have tried to affirm the reality of sexual violence, but they were quickly ostracized. One can therefore distinguish a reactionary psychoanalysis, justifying or invisibilizing the dominations, and a critical psychoanalysis, taking into account social relations of dominations and their effects. dim., 28 déc. 2025 00:00:00 +0100 https://www.psygenresociete.org/556 Travail émotionnel et subjectivité limite : ce qui en nous déborde https://www.psygenresociete.org/545 À partir d’une interrogation sur la catégorisation diagnostique de certains troubles de la personnalité principalement attribués aux femmes et minorités de genre, cet article, conçu comme une enquête auto-ethnographique exploratoire, analyse la façon dont les émotions sont socialement construites, et comment la prise en charge psy*1 devient le lieu d’un cadrage normatif des expériences émotionnelles. En pointant les mécaniques misogynes à l’œuvre dans la psychiatrisation des femmes débordantes, il s’agira de réfléchir aux normes sanistes régissant notre société. Starting with a questioning of diagnostic classification of certain personality disorders that are mainly attributed to women and gender minorities, this article, conceived as an exploratory auto-ethnographic survey, analyzes how emotions are socially constructed and how psy* (medical) care becomes the site of a normative framing of emotional experiences. By highlighting the misogynistic mechanisms at work in the psychiatrization of women who are considered “overly emotional,” the article reflects on the health-centered norms that govern our society. mar., 16 déc. 2025 00:00:00 +0100 https://www.psygenresociete.org/545